Le CIEM (Conseil International pour l’Exploitation de la Mer), ou ICES (International Council for the Exploration of the Sea) est un organisme inter gouvernemental qui fédère le travail de recherche scientifique de 20 pays. Principale source d’avis scientifiques en ce qui concerne la gestion des ressources marine dans l’Atlantique Nord Est, le CIEM s’intéresse sérieusement au cas du bar depuis un peu plus d’une dizaine d’années.
Pendant longtemps, l’organisme a manqué de données fiables pour se faire une idée réelle de l’état de la ressource. Aujourd’hui encore, le CIEM est incapable de formuler un indice d’abondance concernant cette espèce. Son avis se base donc sur les tonnages débarqués ces dernières années, sur l’analyse de l’évolution des prises par tranche d’âge ainsi que par zone. Les premiers résultats des campagnes de marquage, la récente différenciation des bars francs et mouchetés pour les zones concernées et les premières estimations sur le poids des pêches récréatives (non prises en compte jusqu’à présent) ont tout de même permis d’affiner suffisamment les données du CIEM pour que se dégage nettement l’idée d’une vulnérabilité réelle des stocks de bars européens face à un effort de pêche jugé trop important.
Ainsi, après avoir conseillé de ne pas augmenter l’effort de pêche en 2002, 2003 et 2004 puis, en 2010, de ne pas dépasser le niveau de capture de l’époque, en 2012, l’ICES conseille une réduction de 20% des captures de bars basée sur la moyenne des 3 dernières années.
En bref, pour la première fois, l’organisme scientifique référent en matière de gestion de la ressource sonne l’alarme et préconise ce qui ne peut que passer par un encadrement et des quotas…
Bien entendu, la mise en place de mesures ne dépend pas du CIEM mais on est en mesure de penser que cet avis officiel pourrait faire bouger les choses et que dans les années qui viennent l’encadrement des pêches professionnelles et récréatives de bars se profile de plus en plus.
Au passage, le CIEM donne une nouvelle estimation du partage du prélèvement pro/plaisance en France, inférieur au 50/50 mis en avant par l’Ifremer il y a quelques années. Selon le CIEM, la pêche plaisance en France serait responsable de 39 % des captures de bars. La marge d’erreur due au manque de données est encore assez forte et la fourchette de sécurité situe de façon certaine la pêche plaisance à hauteur de 25 à 49 % des captures de bars.
La pêche plaisance en France mais également en Irlande au Royaume Uni, en Espagne et aux Pays Bas pose problème au CIEM car elle représente une part sensible des captures mais ne se soumet pas aussi facilement que les acteurs classiques aux mesures et à l’établissement de statistiques précise. Pour pouvoir bien gérer et bien comprendre ce stock, il faudra réussir à mesurer avec beaucoup plus de précision la participation de la pêche récréative aux captures globales ainsi que l’évolution de la structure d’âge des poissons prélevés.
Un autre point mis en avant dans cette étude est la pratique du catch and release chez les plaisanciers (par contrainte légale ou par auto-limitation). En France, le CIEM considère qu’environ 25% des prises sont relâchées par les plaisanciers. Dans son rapport, le CIEM souligne un manque de données sur le taux de survie des poissons ainsi relâchés mais indique que cela est à l’étude.
Lire le rapport de l’ICES (en anglais) : http://www.ices.dk/committe/acom/comwork/report/2012/2012/bss-comb.pdf
Pour ceux qui veulent vérifier l’exactitude des renseignements que j’ai donnés concernant la réglementation française de la pêche professionnelle du bar :
http://reglementation-polmer.chez-alice.fr/Textes/deliberation_32_2012.pdf
L’arrêté qui en porte approbation :
http://reglementation-polmer.chez-alice.fr/Textes/arrete_du_14.06.2012bis.htm
On est là en présence de la troisième version officielle d’un texte publié pour la première fois à la fin de l’année 2011 et qui doit encore être revu à la fin de cette année. Ce qui prouve bien son caractère expérimental et fortement évolutif…
En ce qui concerne la pêche professionnelle, Nicolas a raison de dire que les retraits et les rejets de bars sont actuellement peu importants.
Les retraits (dans les criées) sont peu importants parce que le bar se vend bien. Les rejets (en mer) sont peu importants parce qu’il n’y a pas de limitations sévères des captures à respecter et en particulier pas de quota national à ne pas dépasser (pas de TAC au niveau européen).
Pour limiter la mortalité du bar due à la pêche professionnelle, le CIEM (= ICES) s’est toujours dit (et il continue de se dire) défavorable à une réglementation basée sur des limitations des captures (ce qu’il appelle « output control »). Son argument est que le bar, plus que toute autre espèce, est pêché par de nombreux métiers qui ne le recherchent pas de façon exclusive. D’après cet organisme scientifique de référence, une réglementation basée sur des limites de captures de cette espèce engendrerait automatiquement un taux important de ses rejets. Comme solution, le CIEM a toujours proposé de limiter la pression de pêche sur le bar par des mesures telles que la limitation du nombre de navires autorisés à le pêcher de façon ciblée ou la limitation de leurs temps d’activité de pêche (« input control »).
A ce jour, s’il n’y a pas de TAC et de quotas pour le bar, c’est à mon avis à cause de cette prise de position réitérée du CIEM.
C’est de mon point de vue une prise de position qui n’est pas soutenable.
Le CIEM souhaite donc, pour la pêche professionnelle, en 2013, une diminution de 20 % des captures de bar. En faisant cela, il établit de fait un TAC, qu’il situe très exactement à 6000 tonnes (pour l’ensemble de l’Union Européenne). Comment alors faire respecter ce TAC ?
S’alignant en cela sur la position du CIEM, le CNPMEM (organisme représentatif des pêcheurs professionnels français) a pour la première fois, cette année, limité les « entrées » dans la pêche du bar, par le biais d’un nombre limité de licences permettant de pêcher de façon ciblée cette espèce. Mais dans les faits, il s’avère que cela conduit bel et bien à de nombreuses limitations de captures (que le CIEM dit vouloir éviter à tout prix !). En voici le détail.
Pour pêcher le bar sans licence, les chalutiers pélagiques doivent se limiter à 10 tonnes par an, les chalutiers de fond à 5 tonnes par an, les métiers de l’hameçon à 1 tonne par an.
Avec une licence, les chalutiers de fond sont limités à 9 tonnes par quinzaine et les chalutiers pélagiques à 9, 7 ou 5 tonnes par quinzaine, en fonction des périodes de l’année. Seuls les métiers de l’hameçon possédant une licence « bar » ne sont pas limités dans leurs captures.
Il n’y a pas de licence « bar » pour les fileyeurs et les bolincheurs mais ils sont respectivement limités à 3 et 5 tonnes par semaine.
Au-delà de toutes les limites ainsi définies, les bars capturés doivent être rejetés ! Et après ça, il y a des gens qui prétendent que le système des licences permet d’éviter les limitations de captures qui conduisent aux rejets !
De mon point de vue, tôt ou tard, le CIEM prendra conscience que ce qui s’applique aux autres poissons peut s’appliquer au bar et que le rejet du système de quota qu’il défend actuellement, pour cette espèce, n’est absolument pas justifié.
Je reconnais toutefois que la réglementation mise en place cette année par le CNPMEM, pour la pêche du bar, à titre expérimental (délibération n° 32/2012), avec l’appui du gouvernement français (arrêté du 14/06/2012) est susceptible d’évoluer et que des périodes d’interdiction de pêche véritablement efficaces pourraient être mises en place pour certains métiers. Je fais simplement partie de ceux qui regrettent que ces mesures ne soient pas élaborées au niveau européen. Comme pour la coquille Saint-Jacques, des mesures qui n’engagent que certains pays finissent toujours par créer des conflits entre les pêcheurs des différentes nations.
Les choses avancent… Si ce rapport constitue effectivement la base des futures règlementations européennes régissant la pêche du bar, les mesures concrètes ne vont plus tarder. D’ores et déja, tout le monde peut se mettre devant la glace, on ne parle plus de diminution de la ressource simplement constaté ou ressenti de manière subjective.
Le faits sont là, matérialisés scientifiquement, et plus aucune catégorie de pêcheurs ne peut se cacher derrière le « flou » concernant l’état du stock de poisson.
Ca va être intéressant de voir quel arsenal le législateur va mettre en place pour contraindre les catégories de pêcheurs… et surtout quels seront les moyens de controle. (je ne suis pas sur que la caudale coupée pour les plaisanciers ou les 5 tonnes de quotas pour les pros empêchent ou freinent les bracos des 2 filières…)
Bref, ça avance, lentement, mais ca bouge, et on va peut être enfin se mettre en position d’assurer un avenir pour cette espèce.
Entièrement d’accord avec Nico, que ce soit 25 ou 50 %, l’impact de la pêche de loisir est hyper conséquent (je ne pensais vraiment pas que cela pouvait atteindre ce pourcentage, honnêtement) et ca semble évident que nous devons commencer par trouver les solutions qui concernent nos pratiques, avant d’exiger un droit d’agir sur les abus des pros..
Toujours pour Laurentin,
Le rejet des pros est un problème de fond, même un des problèmes majeurs pour la ressource à l’heure actuelle.
Mais dans ce sujet on parle du bar (et du loup), très majoritairement, les pros ciblent les bars sur des techniques sélectives (ligne, palangre ou filet) et ne capturent presque que des poissons maillés ou pratiquent leur activité sur des zones de reproduction donc de poissons mâtures et vendables légalement.
Le bar est un poisson qui se vend bien et qui jouit d’un prix de retrait en criée suffisant pour justifier le fait de les conserver, même durant les périodes où le marché n’est pas capable de répondre à l’offre… La part de rejet des bars par les pros est complètement insignifiante…
Faux problème, tu peux oublier…
Laurentin,
Prenons l’exemple inverse, on part sur la fourchette basse de 25 % et on considère que les poissons remis à l’eau survivent tous… on arrive à une part des prélèvements proche de 20 %… certes ça n’est pas les 50 % mis en avant par Ifremer il y a quelques années, je te l’accorde.
Mais SI le CIEM se plante et que nous ne prenons que 25 % des bars et SI tous ceux qu’on remet à l’eau survivent et qu’au final nous ne représentons que quelques 18 % des prélèvements… est ce que cela nous dédouane et nous dispense d’efforts de gestion ?
A ce moment là les ligneurs eux aussi peuvent dire qu’ils ne représentent qu’une petite partie, les bolincheurs aussi, les chalutiers classiques aussi, les chalutiers en boeufs aussi, les fileyeurs aussi…
Si on veut que la ressource perdure (et qu’Ultimate Fishing ne mette pas la clé sous la porte puisque cela semble t’inquiéter), je pense plutôt qu’au lieu de rejeter la faute sur les voisins, il appartient à tout le monde de faire des efforts et d’accepter un encadrement…
Au mieux on ne représente qu’un sixième du problème, dans le pire des cas on en est responsable de la moitié. Savoir avec plus de précisions quelle est notre part réelle est une chose importante. Par contre une chose est sûre, notre impact est loin d’être neutre et nous, comme les différents corps de métiers de la pêche pro devront accepter un encadrement de notre activité…
A nous de réfléchir à la façon la plus efficace de réduire notre impact tout en préservant notre passion…
je suis toujours très amusé de voir que des gens continuent de croire,ou plutôt,on besoins de croire que le prélèvement des pêcheurs loisir est minoritaire!!
il faut se réveiller un peu là,voir,être un chouilla honnête et responsable,merci pour nos amis les poissons…..
Il est irrécupérable ce laurentin …
c’est sur, si on prend la fourchette haute de l’étude, avec toutes les marges d’erreur que cela implique, si on ne tient pas compte des rejets des pros, mais qu’on considère que les plaisanciers font 25% de relache, et qu’on sous entend que ces poissons relachés vont creuver au fond de l’eau : et bien on peut très bien conclure que les pêcheurs récréatifs prélèvent autant que les pros.
si on prend la fourchette basse, c’est les pros qui font du mal à la ressource
si on prend le bon sens, n’en parlons pas, les récréatifs c’est une goutte d’eau
mais il y a des gens têtus, plus têtus que les chiffres, plus têtus que le bon sens
c’est quand même dingue la culture de la mauvaise foi sur ce blog.
c’est quoi le but ? mettre un permis, des quotas, distribuer des bagues, diminuer le nombre de pêcheurs récréatifs comme en eau douce, faire faire faillite aux magasins de pêche et faire mettre la clef sous la porte à ultimate fishing ? houhou y’a quelqu’un ?? ici la terre, les deux jambes de la bonne longueur, pour que les pieds touche au sol !
Merci d’avoir repris cette information pour en faire un sujet à part entière.
Il s’agit en effet d’un nouvel AVIS du CIEM (publié le 28 septembre 2012), tel que cet organisme en émet de temps en temps, pour orienter les décisions qui doivent être prises dans le cadre de la PCP. Ce n’est pas un simple rapport du CIEM sur le bar, tel que le groupe de travail qui s’occupe de cette espèce en émet chaque année. Car ce sont bien les AVIS du CIEM qui sont pris en compte au niveau de l’Union Européenne, et non pas les rapports de ses groupes de travail.
La proposition de réduire de 20 % les prélèvements est indiquée en haut de la page 7, tandis que les avis des années précédentes sont rappelés en bas de la page 6.
Encore une fois merci…
Cordialement
Tu parles de quel article pris en compte par la commission européenne, celui des ligneurs ou le rapport du CIEM ?
Celui du CIEM n’a qu’un mois… je ne m’attends pas à ce que leur avis soit suivi d’effet dans les semaines qui suivent…
Cet article avait été pris en compte par la commission européenne http://www.lepecheurresponsable.com/forum/D%C3%A9fense-de-la-mer-et-de-la-nature/15520-projet-de-quotas-sur-le-bar-pour-2013.html#15526 mais ne semble pas hélas repris dans les prévisions de quotas paru il y a quelque jours, hélas. Attendons la suite pour je ne suis guère optimiste pour 2013