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mar 17

En hiver ? Mangez des bars… c’est bon pour la ressource

Surplus_bar

Les bars (dicentrarchus labrax) se reproduisent entre décembre et avril avec une période de pointe variable selon les saisons et les régions mais souvent située entre le 15 janvier et le 15 mars. Ca on commence à le savoir. On sait aussi que certains bateaux profitent de la vulnérabilité de l’espèce à cette période pour encercler les bancs regroupés sur les frayères et ramener à terre des tonnes et des tonnes de reproducteurs qui n’ont donc pas  pu assurer le renouvellement des générations.

Ca rend fou tous les pêcheurs sportifs et tous les amoureux de la mer chaque hiver et on se demande comment il est encore possible de se plaindre de la baisse de la ressource d’un côté et de laisser de telles pratiques exister de l’autre. L’exemple du bar est le plus connu mais il est loin d’être le seul. En bref, nous sommes nombreux à attendre que les pouvoir publics ou qu’une institution un tant soit peu légitime dans ce domaine se positionne en ce qui concerne ce problème (et bien d’autres).

Demain, Nausicaa, le Centre National de la Mer lancera la campagne internationale de la mer « mr good fish » visant à conseiller les acheteurs professionnels et consommateurs finaux sur les poissons à acheter et à ne pas acheter selon la période, la zone, la taille. « Bien choisir son poisson c’est bon pour la mer, c’est bon pour vous » est le slogan et la ligne directionelle de la campagne.  Une super belle idée dont on ne peut que se réjouir en somme. D’ailleurs si on fait travailler notre ami google sur le thème mrgoodfish on se rend compte que ça fourmille de partout. Education, Responsabilisation, Ecologie, Pêche Durable, voilà les notions qui semblent entourer la campagne.

Enchanté par la nouvelle, je file sur le site de l’opération mrgoodfish et je découvre le listing des espèces conseillées aux consommateurs pour cet hiver. Cet hiver il faut manger entre autres du lieu noir, du bar ou encore de la crevette de Madagascar.

J’aurai sincèrement souhaité que les responsables de l’opération m’expliquent ce qu’il y a de durable dans le fait de conseiller d’acheter des poissons au moment de l’année où ils sont le moins bien valorisés et où il faut donc que les professionnels en capturent des quantités très importantes pour gagner leur vie alors que l’apport sur le marché d’une quantité inférieure à un autre moment de l’année permettrait à la filière de dégager une mane financière au moins aussi importante. J’aurai aimé qu’on m’explique ce qu’il y a de responsable à aller contrarier la reproduction d’une espèce en la prélevant juste avant que le renouvelement des génération soit assuré. J’aurai aimé qu’on m’explique en quel sens le fait de faire venir des crevette depuis Madagascar avec le transport et la pollution engendrée à quelque chose d’écologique.

J’aurai aimé discuter de tout ça avec un des responsables de la campagne. J’aurai aimé qu’on me rassure en me disant que la consommation de poissons très mal valorisés et prélevés en masse sur les frayères est la solution aux problèmes que connait la ressource, j’aurai aimé qu’on me dise que faire venir des crevettes de Madagascar à Boulogne a un coût carbone des plus compétitifs. J’aurai aimé que quelqu’un me dise que le premier avril avait été avancé cette année ! Hélas, pas d’adresse e-mail pour le support ou la demande d’infos… seulement des mentions légales qui interdisent de diffuser le lien de leur site sans leur accord…

En bref, si vous êtes d’accord pour mentir au consommateur vous aussi, vous pouvez parler de nous. sinon fermez votre g….

Pour ceux qui voudraient voir ce site une requête vers mrgoodfish sur google devrait vous y aider.

A lire, pour voir a quel point ce genre de conseils étranges que sont ceux de la campagne mister good fish peuvent être relayés sans que personne ne s’en soucie :

http://www.developpementdurablelejournal.fr/spip.php?article6078

http://www.france-info.com/chroniques-planete-mer-2010-03-14-mister-goodfish-416437-81-145.html

Si vous aussi ça vous choque de voir qu’une campagne aussi médiatisée puisse vanter l’intérêt des pêches massives sur frayères et autres hérésies du genre, faites tourner l’info et le lien vers ce billet.

6 commentaires

  1. migipirat

    merci pour cet article aussi instructif que révoltant

  2. Rémi

    le site de tf1 pour écrire un email aux sujet des infos
    http://lci.tf1.fr/redaction-lci/

  3. Rémi

    Petit lien vers la vidéo de TF1 sur le sujet…

    http://videos.tf1.fr/jt-we/adoptez-le-poisson-durable-5789046.html

    Si vous voulez protester à vos plumes…
    Moi c’est fait

  4. christobar

    c’est le même problème pour tous les élavages intensifs en milieu naturel….
    loup,saumon, daurade , crevette , etc

    la pollution par les aliments médicamenteux destinés à limiter la casse dans un élevage intensif est peut e^tre plus dangereuse pour l’avenir que le prélèvement raisonné ( géré..) de la même espèce ….

    la meilleure issue me parait la gestion saine de le ressource naturelle , qui passe par une interdiction totale de prélèvement pendant la période de reproduction .Tous acteurs confondus .

  5. Nico

    Bien vu Rémi, le problème de l’aquaculture sur les zones de mangroves est désastreux. Je ne sais pas si les crevettes conseillées par notre ami mistergoodfish sont celles là, j’espère que non…

  6. Rémi Vince

    Bel article encore une fois Nico, il y a de quoi être outré par ce genre de co*neries. J’ai bien l’impression que nous vivons dans une grande hypocrisie… Sous couvert d’actions soit disant « développement durable » on peut dire n’importe quoi apparemment…

    Mis à part le bar pour lequel nous connaissons le problème et l’enjeu de celui-ci, revenons sur les crevettes de Madagascar. Je ne sais pas si vous savez mais ces bestioles sont « cultivées » intensivement avec des méthodes très développement durable, vous allez voir…

    Tout commence par un petit village de pêcheurs, sur la côte. Depuis toujours, le village vit de la pêche côtière que l’on pourrait qualifier d’extensive… Hélas, depuis peu, les revenus liés à la pêche sont en déclin, divers facteurs ont perturbé l’écosystème (pollution, surpêche internationale, etc…).
    Le chef du village (où le maire je ne sais pas trop) ne sais plus comment aider sa population à survivre et décide donc de sacrifier une zone de ses terres pour créer des emplois… Ce qu’il faut savoir c’est que cette zone, c’est un espace de mangrove (forêt de palétuviers), un marais saumâtre d’un intérêt majeur pour la biodiversité, en étant par exemple une zone de nurserie pour les alevins, une station d’épuration naturelle, une zone de nidification pour un nombre incroyable d’oiseaux.
    Historiquement les populations autochtones sont très attachées à la « Nature » et c’est contraints et forcés par la nécessité de survivre qu’ils cèdent devant la pression d’investisseurs des pays du Nord, pour construire un ensemble de bassins d’élevage pour des crevettes en lieu et place de la mangrove…
    Ces différents bassins sont alimentés en eau salée par des pompages dans la mer, puis, ils sont ensemencés en phytoplancton, pour le faire « pousser » plus vite on y ajoute des engrais azotés. Une fois le taux de phytoplancton optimal atteint, on ajoute les œufs ou les larves de crevettes qui vont faire bombance de ces algues, pour éviter les maladies qui ruineraient la récolte, des antibiotiques sont ajoutés dans l’eau du bassin de croissance… Une fois arrivées à maturité, les crevettes sont « cueillies » et l’eau bourrée d’engrais et d’antibiotiques est rejetée à la mer, et un nouveau cycle reprend. Les crevettes sont ensuite acheminée par container réfrigéré jusqu’à chez nous, comme le disais Nico.
    Le maire est bien déçu, car il n’a pas obtenu le nombre de postes qu’il espérait créer avec cette activité (qui nécessite peu de main d’œuvre). Seul deux ou trois pêcheurs se sont reconvertis en éleveurs de crevettes, les autres galèrent de plus en plus à la pêche, car les eaux sont polluées, pleines d’algues vertes (boostées par les engrais azotés), les nurseries qui jadis attiraient le poisson n’existent plus. Les quelques poissons qui sont pêchés sont chargés en antibiotiques, ce qui peut entrainer des résistances de certains microorganismes pathogènes, entrainant des problèmes sanitaires chez la population déjà pas très favorisée…
    Bref tout ça pour que les habitants des pays du nord puissent manger des crevettes (aux antibiotiques) à toutes les saisons…
    En plus, on valorise ces co*neries (excuser moi mais bon…) par des méthodes de communication couvertes par le label « développement durable » ou « écologie ».
    Quelle honte…

    Cette réflexion s’ajoute à celle autour du Bar, pour lequel nous devons communiquer le plus possible afin d’informer distributeur et consommateurs…

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